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LABORATOIRE EN LUTTE (2)

Motion votée par le CEMAf (Centre d’études des mondes africains) lors de l’assemblée générale du 11 février 2009

Réagissant à la stigmatisation des personnels et aux bouleversements profonds imposés sans concertation à la recherche publique et à l’enseignement supérieur, le CEMAf se déclare « laboratoire en lutte » et appelle à la suspension ou au détournement des activités organisées en son sein. À l’unanimité des membres présents, il demande :
- le retrait du projet de décret sur le statut des enseignants-chercheurs et la restauration des cadres nationaux des diplômes et des statuts ;
- l’arrêt du démantèlement des organismes de recherche, notamment du CNRS, et le rétablissement de l’ensemble de leurs missions nationales (opérateur de recherche, labellisation des revues, évaluation scientifique des laboratoires) ;
- le rétablissement des postes supprimés en 2009 dans l’enseignement supérieur et la recherche (chercheurs, ITA, enseignants-chercheurs et BIATOS), ainsi que la mise en place d’un plan pluriannuel de création de postes statutaires ;
- la suppression des chaires « organisme-université » ;
- la fin des procédures d’externalisation et la résorption de la précarité pour toutes les catégories de personnel ; le déblocage et l’harmonisation des carrières ;
- l’abandon de la mastérisation pour la formation aux concours d’enseignement ;
- la révision du contrat doctoral, pour une amélioration du statut et des conditions de travail des doctorants ;
- un moratoire des expertises à l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) et à l’Agence d’Évaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (AERES) ;
- une large consultation de tous les acteurs concernés et une meilleure prise en compte des propositions émanant des Etats généraux de la recherche afin d’élaborer une nouvelle loi d’organisation de la recherche et de l’enseignement supérieur, et afin de mettre en place un système d’évaluation transparent fondé sur les principes de collégialité, d’indépendance et de compétence scientifique.

LABORATOIRE EN LUTTE

Salvemos o zombie

Now we’re getting somewhere

The Centre for International Communication Research (CICR) the Media Industries Research Centre (MIRC) and the Institute of Communications Studies at the University of Leeds are inviting you to a 
Funded by the British Academy

Monday 15th and Tuesday 16th of June in Leeds.

The pornography industry is an under-researched culture industry. Its links to mainstream media and to the sex industry are intensifying. The mainstreaming of certain aspects of the industry in global popular culture raises questions about the adequacy, efficiency or appropriateness of existing policy. Other aspects of the industry, such as its labour conditions, its geographies of production and consumption practices associated with it have largely fallen under the radar of scholarly analysis, while much more attention has been paid to the potential for emancipatory uses of aspects of sexually explicit cultural expression. Meanwhile, technological aspects of the industry’s operation are challenging our assumptions about ‘choice’ ‘privacy’ and ‘freedom’. With the proliferation of the pornographic product embedded in everyday life now more than ever before existing and new questions require our urgent attention about human rights, migrants, workers and communication rights, media literacy, media ecology and the public sphere, global production and consumption cultures as well as underlying politics of gender, class and ‘race’.

This conference aims to bring together scholars, policymakers and activists to discuss the global pornography complex. It is the second of two conferences organised within the British Academy funded projectSocialisation of the global sexually explicit imagery: challenges to regulation and research. The project has given birth to an international Porn Cultures and Policy Network, which involves scholars from a number of countries, engaged in comparative studies with an emphasis on policy. We are inviting colleagues to take part in this debate and colleagues who would be interested in working with the existing network to join us. Information on this and our first conference can be found on http://sgsei.wordpress.com.

Please send your 200 word abstract, along with a 50-word bio and contact details to Steven McDermott (cssem@leeds.ac.uk) by March 15th or earlier.

There will be a small fee to cover catering and room facilities. Please let us know if you require an earlier decision regarding your paper. If you would like to discuss a panel/round-table proposal and /or your paper please contact Katharine Sarikakis (K.Sarikakis@leeds.ac.uk).

The Gloomy Parade

On est pas la pour se faire assommer. On est venu pour voir le défilé…

 

Réforme des universités et de la recherche : des discours aux actes 

Par 

Bruno Chaudret, chimiste, membre de l’Académie des sciences, directeur de recherche, Albert Fert, physicien, prix Nobel 2007, professeur, Yves Laszlo, mathématicien, professeur, Denis Mazeaud, juriste, professeur.

Depuis des mois, le gouvernement proclame sa volonté de réformer le système de l’enseignement supérieur et de la recherche pour le hisser au meilleur niveau mondial.

De nombreux représentants de la communauté scientifique, parmi lesquels des signataires de ce texte, ont manifesté un grand intérêt pour ce projet et ont proposé de nombreuses pistes de réflexion. Le ministère les a pieusement écoutés pour ensuite ne tenir aucun compte de leurs suggestions et remarques. Et les orientations finalement retenues, souvent en contradiction avec le but affiché, sont extrêmement préoccupantes.

Ainsi, alors que l’objectif affiché est l’excellence de nos universités et de notre recherche, alors que Mme Pécresse a proclamé sa volonté de porter nos meilleurs établissements aux premiers rangs du fameux classement de Shanghai, comment comprendre que les réductions d’effectifs annoncées touchent notamment les universités les mieux placées dans ce classement ?

Le ministère réplique que ces suppressions de postes pourront être compensées par la possibilité de moduler la charge d’enseignement des universitaires en fonction de leur activité de recherche, possibilité qu’introduit un récent projet de décret. Une modulation des services, dans son principe, pourrait avoir l’intérêt de réduire la lourdeur de la charge d’enseignement qui handicape l’activité de recherche de nombreux universitaires, notamment vis-àvis de certains collègues étrangers. Mais ses modalités de mise en oeuvre en font une mesure dangereuse, hypocrite et contre-productive.

La modulation envisagée est dangereuse : elle dépend du seul pouvoir du président d’université et de son conseil d’administration, nullement liés par l’avis seulement consultatif du Conseil National des Universités. Cet organe représentatif, chargé de l’évaluation des universitaires, tire pourtant sa légitimité de son indépendance à l’égard du pouvoir central (ministère) et des pouvoirs locaux (président et conseils d’université) ainsi que de sa composition, qui garantit une évaluation des universitaires par des pairs compétents, ce qui est indispensable à toute évaluation impartiale et équitable. En le confinant à un rôle subalterne et en conférant des pouvoirs exorbitants aux présidents d’université, la réforme porte gravement atteinte au principe d’indépendance des universitaires. Or ce principe est consacré dans tous les pays dotés d’universités performantes, tout simplement parce que l’indépendance est indispensable à une recherche créative et à un enseignement de qualité. « L’université est une communauté de chercheurs scientifiques libres de suivre leurs idées dans n’importe quel domaine du savoir » a dit un président de l’université Rockfeller, célèbre université privée américaine. Loin d’améliorer la qualité de la recherche et de l’enseignement supérieur, la réforme projetée aboutira ainsi au « clientélisme » et au « localisme » si souvent dénoncés par le ministère.

La modulation envisagée est également hypocrite. Alors qu’on la présente comme un moyen d’améliorer la qualité de la recherche, on doit craindre qu’elle soit seulement un moyen d’alourdir la charge d’enseignement des universitaires. Comment le ministère peut-il supprimer des postes dans de très bonnes universités et soutenir, en même temps, que la modulation servira à alléger les charges d’enseignement de la majorité d’excellents chercheurs de ces universités ? L’érosion du potentiel d’enseignement empêchera de facto la modulation à la baisse et imposera la modulation à la hausse, quel que soit le niveau des Universités et des universitaires.

Et cette modulation s’avèrera ainsi finalement contre-productive. A l’inverse de la volonté affichée par le ministère, cette mesure, si elle aboutit donc à alourdir la charge d’enseignement, affaiblira durablement le potentiel de recherche des universitaires. Le souci de ne pas gaspiller l’argent des contribuables est légitime et nécessaire. Encore faut-il que ces économies s’avèrent productives. A l’heure où l’économie réelle a besoin d’investissements d’avenir aux dires mêmes du président de la République, la politique à courtevue de coupes claires sans discernement dans la recherche et l’enseignement supérieur est suicidaire.

Et là ne résident pas les seules contradictions.

Premier exemple, les « chaires organisme-université ». Ces postes, destinés à attirer les jeunes chercheurs les plus brillants, offrent une meilleure rémunération, des crédits de recherche et un service d’enseignement allégé pendant 5 ou 10 ans. L’idée, si elle ne doit pas cacher la « misère universitaire française », était assurément séduisante. Mais sa mise en oeuvre est désastreuse. Dans la configuration actuelle, en effet, chaque chaire, avec ses crédits de recherche budgétisés avec les salaires, coûte presque autant que deux postes d’enseignant-chercheur ou de chercheur : à budget constant, chaque chaire « consomme » donc deux postes ou presque et conduit ainsi à diminuer le nombre global de postes disponibles. Et le ministère a refusé tous les modes de financement alternatifs, même ceux n’entraînant pas d’augmentation du budget de l’enseignement supérieur. Cette diminution des postes disponibles réduira le nombre global de brillants chercheurs recrutés et ira donc à l’encontre du but recherché : attirer ou retenir les meilleurs. Une bonne idée potentielle a ainsi été travestie en « une idée astucieuse pour rendre des postes à Bercy ».

Deuxième exemple, la réorganisation de la structuration de la recherche. La France doit nombre de ses succès scientifiques aux organismes (CNRS notamment) qui garantissent la cohérence de l’effort national de recherche. La recherche universitaire est particulièrement performante dans les laboratoires dits mixtes, associant en partenariat l’organisme de recherche avec une université ou une entreprise. Il est surprenant d’entendre le président de la République annoncer le 22 janvier la transformation totale du CNRS en agence de moyens, ce qui serait la fin de cette fructueuse mixité, au mépris du plan stratégique de l’organisme pourtant accepté par l’Etat il y a 6 mois. Ce dans un discours où il célèbre l’un de nous, qui effectue sa recherche dans un laboratoire… mixte ! S’il importe de moderniser les Organismes, c’est en instituant un partenariat équilibré avec l’Université. Il faut aussi donner des moyens réels aux Organismes. Or, la réorganisation du CNRS en Instituts s’accompagne de nouvelles missions (notamment le développement de projets transdisciplinaires nationaux) pour lesquelles des moyens supplémentaires n’ont pas été déployés, ce qui handicape sa capacité de soutien aux laboratoires. Sans parler de la baisse du nombre de ses recrutements, dont la qualité est pourtant reconnue, ni du risque d’éclatement pur et simple de l’organisme qui sonnerait le glas d’une vision nationale pluridisciplinaire de la science française.

Troisième exemple, la politique de financement des projets de recherche. Le gouvernement connaît les dangers d’un excès de financement de projets à court terme ou trop ciblés, aux dépens des dotations annuelles des laboratoires et des financements de projets libres (dits blancs). Pourtant, la part réelle des dotations annuelles dans le budget des laboratoires diminue tandis que l’augmentation réelle des projets blancs est dérisoire à l’aune des standards internationaux. La ministre elle-même avait pourtant reconnu la nécessité d’en augmenter significativement la part.

Les enseignants-chercheurs sont, quelle que soit leur affinité politique, largement opposés à la réforme actuellement engagée, incohérente et mal pensée. La gravité de la situation et la stérilité des discussions avec le ministère contraignent le milieu à des actions de protestation inhabituelles dans une atmosphère explosive : appel de la conférence des présidents d’université au président de la République, rétention de notes, signature de pétitions, appel à la grève… Certains envisagent la cessation des responsabilités collectives qu’ils assument.

Nous en appelons au Gouvernement pour une réforme respectueuse des libertés universitaires et soucieuse réellement de la qualité de la recherche française. Madame la ministre, Messieurs les conseillers, la recherche et l’enseignement supérieur valent mieux que des mesures incohérentes et contraires à l’ambition affichée : la performance !

Allons enfants du CNRS

 

Um comunicado proveniente do Álamo:

Le discours du Président de la République prononcé le 22 Janvier 2009 présente explicitement la perspective de disparition du CNRS. Une réaction collective, nationale et puissante de notre communauté s’impose.

Les personnels de la recherche et de l’enseignement supérieur de la région PACA se sont réunis en Assemblée Générale le 28 Janvier 2009 à la faculté Saint-Charles à Marseille. L’ordre du jour de cette assemblée était l’organisation d’une réponse de lutte à la volonté de destruction du CNRS conjointement à la mise en place de la LRU dans les Universités. L’assemblée générale, qui a réuni 150 personnes, souligne la cohérence des attaques du gouvernement sur l’ensemble du système de recherche et d’enseignement supérieur français et affirme la nécessité de la convergence des luttes.

L’AG revendique à sa majorité moins une voix contre et une abstention :

• que le CNRS puisse vivre et poursuivre ses activités dans les contours structurels et opérationnels actuels. Le CNRS doit en particulier être maintenu dans son rôle d’opérateur de recherche national et couvrant l’ensemble du champ scientifique
• que le CNRS dans ses structures actuelles reste souverain dans la gestion des emplois et carrières de tous ses personnels (chercheurs et ITA)

Dans ce cadre, l’AG appelle l’ensemble des personnels des Universités et des EPST ainsi que les doctorants et les personnels précaires :

• à rejoindre le mouvement de la Coordination Nationale des Universités
• à multiplier dans les prochains jours les Assemblées Générales à tous les niveaux (labos, délégations régionales, etc.) pour refuser la perspective de destruction du CNRS
• à converger vers une initiative nationale (type meeting) à mettre en place rapidement

De plus, nous appelons à fixer un ultimatum au gouvernement au delà duquel, si des engagements clairs n’étaient pas pris :
• nous démissionnerons de l’ensemble de nos responsabilités administratives et mandats. Cette démission concernera l’ensemble des personnels (Directeurs d’Unités, élus CAP, CTP,  membres du Comité National, élus dans des Conseils d’Universités, représentants d’instances, etc.)
• nous fermerons les laboratoires

Signataires
———–
AG régionale des personnels, Directeurs d’Unités présents, SLR, SLU, SNCS, SNESUP, SNTRS-CGT, FERCSUP-CGT, SUD-Recherche, SUD-Education

À atenção de todos os tristes que andam neste momento a fazer candidaturas a projectos FCT

O American Way of Science

Luís Fernandes

O apelo à internacionalização dos cientistas equivale, na prática, à submissão ao sistema científico anglo-americano É comum ver hoje designadas as nossas sociedades como “sociedades do conhecimento”.

A produção e a difusão de saber científico são aspectos-chave do funcionamento deste tipo de sociedades, o que confere às suas comunidades científicas um papel estratégico. É por isso que, com regularidade, os governos reafirmam ritualmente o seu investimento na sociedade do conhecimento em geral – veja-se o caso recente do já famoso computador Magalhães – e no sector científico em particular.

Ora, a Fundação para a Ciência e Tecnologia tornou públicas, no final do ano passado, as classificações dos centros de investigação que financia.

Não pretendemos pôr em causa a necessidade de avaliar as estruturas da investigação científica ou, sequer, colocar em causa a idoneidade e a isenção do processo que foi levado a cabo. Visa-se, apenas, reflectir sobre o modo como tende a ajuizar-se hoje o trabalho de quem se dedica profissionalmente à ciência, procurando mostrar como este juízo responde a um sistema de regras, nem sempre claramente explicitadas, que relevam de factores extracientíficos.

O nosso ângulo de análise é elaborado a partir das ciências sociais e humanas, admitindo por isso que, para outros sectores da divisão das ciências, as questões possam não ser colocadas, em relação a alguns aspectos, do mesmo modo.

As investigações norte-americana e inglesa têm vindo a adquirir progressiva influência no sistema científico internacional, convertendo-se numa verdadeira dominação. É próprio dos sistemas de dominação um traço etnocentrista: são melhores do que os outros, como o demonstra o facto de dominarem, e, portanto, consideram-se, por uma espécie de direito natural, investidos da incumbência de ditarem aos outros um conjunto de regras. E é próprio dos dominados acabarem por incorporar essas regras, de tal modo que passam a achar que são naturalmente suas.

No caso vertente, elas ditam aquilo que deve ser investigado, o formato em que devem decorrer os certames de especialistas, em que órgãos da comunicação da ciência devem ser publicados os resultados e em que língua os investigadores devem expressar-se – o que decorre naturalmente do idioma dos países desses órgãos. As línguas inglesa e, em menor grau, francesa são os instrumentos de afirmação da hegemonia.

Sabemos como os sistemas de controlo apostam na vigilância das linguagens e das línguas – a hegemonia exprime-se numa linguagem positivista e na língua inglesa. Todo o sistema de dominação que não se impõe pela força, mas pela subtileza, tende progressivamente a ser incorporado como natural.

É por isso que as gerações de investigadores mais jovens, aculturadas no circuito de congressos internacionais e nos circuitos virtuais da net, onde o inglês é o veículo, não sentem isto como dominação, mas como proficiência – é-se tanto mais competitivo e, portanto, num sistema marcado por uma competição desenfreada, tanto melhor cientista quanto mais e melhor se falar e escrever em linguagem positivista e em língua inglesa.

Note-se que ainda há poucas décadas esta ditadura da língua pendia para o francês. E sabemos dos esforços que a França faz para se manter como língua internacional da ciência, numa consciência clara da perda de influência que a sua desvalorização acarreta – porque uma língua não é só um veículo, é um sistema de pensamento, é constitutiva de uma cultura. Enfim, o sistema internacional são meia dúzia de países, uma linguagem e duas línguas.

Para os avaliadores da FCT, não conta publicar um artigo numa revista brasileira ou espanhola? E polaca ou grega? Os polacos ou os gregos não conseguem fazer uma revista científica que valha pontos?

Quando fazemos investigação solicitada e financiada por instituições portuguesas, devemos escrever os relatórios em inglês? E, se a problemática for pouco interessante para os norte-americanos, por razões da nossa especificidade sociocultural, não podendo publicá-la nesses países, esta investigação não vale pontos? Publicá-la aqui não serve para nada? Então a produção de saber não deve ser utilizada pela comunidade a que diz respeito? Não visa agir na nossa realidade próxima? E, se publicar aqui não vale nada, como pode algum dia chegar-se a ter uma boa revista científica?

Portanto, o justo apelo que é feito aos cientistas para se internacionalizarem – o que, nas regras do jogo científico, é não só sensato como indispensável – equivale, na prática, à submissão ao sistema científico anglo-americano.

Publicando nas revistas que, neste sistema, são consideradas de qualidade, estamos internacionalizados. E são estas que lemos, são estas que pomos os nossos alunos a ler e é nestas que alguns deles algum dia publicarão – fechando-se assim o círculo da dominação, que a reforça e, no limite, a hegemoniza, tornando-a indiscutida e indiscutível.

Foi este o mecanismo pelo qual uma série de países alimentou o sistema financeiro liderado pelos EUA convertido em tentativa de hegemonia neoliberal e cujo círculo acaba de romper-se. Se esta dominação se verificasse a outros níveis, desqualificando tudo o que se passasse noutras latitudes que não a do eixo anglo-americano e, em menor escala, francófono, esses países seriam acusados de imperialistas e de praticarem a discriminação.

Como podem pessoas que pertencem à nossa cúpula intelectual, como são os membros da comunidade científica, não se darem conta de que estão a ser alinhados por uma mão adestradora que é, em particular no caso das ciências sociais e humanas, exterior à sua lógica de produção e difusão do conhecimento?

Como não se dão conta de que estão a ser infantilizados em interrogatórios de senhores que vêm, por meia dúzia de dias, ao nosso país constituir um júri desfasado da nossa realidade e incapaz de ler, sequer, o melhor da nossa produção porque este não está, as mais das vezes, nas línguas deles? Que fazemos do pensamento crítico, que devíamos ter tão treinado? Como somos tão complexos e críticos para umas coisas e tão simplórios e amorfos para outras?

Fiquemo-nos, para já, com estas questões, enquanto não chega o próximo júri internacional convidado pela FCT e não nos ajoelhamos de novo, prontos para o exame de consciência científica…

Investigador

in Público – Opinião 27.01.2009

FIELDNOTES

Some fieldnotes taken right after attending an international scientific congress in September 2008:

Participants are precious and must be as many as possible. They pay well and need to attend congresses in order to make a living. Scientific congresses are good business. Cities welcome them.

At the sessions, they present papers one after another. It doesn’t matter if, in order to anticipate “last remarks”, a participant must skip some in-between steps. The audience applauses every presentation. It is polite. Debate should be brief, another presentation is waiting.

Language skills are not absolutely required. Translation is dispensable. Communication is not a fundamental thing.

Slideshow presentations are almost plenary. Presentations tend to be schematic and fragmentary. Slideshows create illusory sense of unity.

These are occasions for the researchers to meet. A scientific debate would risk unwanted disagreements. Organisers offer many opportunities for them to meet each other. They have lunch together. A formal dinner is also offered. In their spare time, they can visit the city together in planned excursions.

Participants conspire in order to get research subsidies. They exchange “business cards” during casual meetings. Some international networks are born spontaneously. Strangers become potential partners in a couple of minutes. It is important to have different nationalities and disciplines represented in networks. Identification cards (name, institution and country) are very helpful. Participants exchange previous experiences as applicants to research funding.

MAUS AERES

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La science des quotas

André Gunthert, 7 Novembro 2008
Avec Valérie Pecresse arrive la science mise en quotas. Installée dans ses murs en mars 2007, l’agence pour l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (AERES) a commencé ses travaux. Son site web montre de beaux locaux refaits à neuf dans un hôtel parisien chic. D’une main, le gouvernement fait miroiter des promesses de primes, de l’autre, il fait pleuvoir formulaires et demandes de rapport sur les chercheurs et les institutions. L’un des principaux instruments de cette politique du chiffre est un classement des revues scientifiques, à partir duquel on pourra étalonner chercheurs et laboratoires. Las, la publication prématurée d’une première liste au mois d’août a suscité la fronde des savants. Alors que le rôle des évaluateurs suppose une rigueur au-dessus de tout soupçon, les incohérences et les absences de cette nomenclature ont réveillé toutes les inquiétudes et constitué une bien piètre entrée en matière. Les articles et les protestations se multiplient, et une pétition demande le «retrait complet et définitif de la “liste des revues” de l’AERES».
Bref, on est ici dans du Sarkozy pur jus. De l’affichage et des moulinets de bras par devant, des outils inconsistants et beaucoup d’arrières-pensées par derrière. Le président de la République, on le sait, a la foi du charbonnier pour les indicateurs chiffrés. Mais il est plus facile de mettre en courbes des officiers de police que des experts de la mesure. Premiers utilisateurs des instruments statistiques, les savants sont bien placés pour savoir que ces images, plutôt que de traduire fidèlement la réalité, servent à choisir comment on veut la montrer (voir illustration).
Non que les chercheurs refusent de voir leur travail soumis à évaluation. Celle-ci est en effet leur condition quotidienne, lorsqu’ils soumettent un article à une revue ou un projet de recherche à un organisme. Mais la vision quantifiée de l’AERES n’a rien à voir avec cette expertise. La liste des revues les classe en trois rangs: A, B et C. Mais au lieu que le rang A donne un compte réel des meilleures publications internationales, on lui a fixé arbitrairement un quota de 25%. On comprend bien que la logique à l’oeuvre est strictement comptable. Le gouvernement-des-caisses-vides étant dans l’incapacité notoire de revaloriser le salaire des chercheurs (dont toutes les études s’accordent à dire qu’il est scandaleusement bas), il va répartir des lots de consolation aux plus méritants pour pouvoir afficher une politique de la recherche agressive. L’AERES en ses beaux locaux n’est qu’un outil pour camoufler la misère de la science.
Evaluer un chercheur à partir de ses lieux de publication est évidemment d’une grande bêtise. C’est un peu comme si on appréciait les qualités d’un conducteur en prenant pour critère la marque de sa voiture. Perdrai-je d’un coup mon acuité intellectuelle en publiant dans Romantisme (inconnu) plutôt que dans Les Annales (A)? Suis-je un meilleur savant quand je parais dans La Revue de synthèse (B) plutôt que dans Photographies (inconnu)? En réalité, la seule manière d’évaluer les travaux d’un chercheur, c’est de les lire. C’est aussi ce qu’admet implicitement l’AERES: sa méthode revient à utiliser le travail des comités de lecture, qui eux, ont procédé à cet examen. Le classement des revues n’est rien d’autre qu’un principe du coucou – une méta-expertise qui se défausse de l’évaluation réelle, et avoue simultanément l’impossibilité de s’acquitter de cette tâche.
On jugera du sérieux des outils de l’AERES en constatant qu’ils ne permettent pas de me définir comme “enseignant-chercheur publiant” (sic), au sens strict spécifié par l’agence (2 publications scientifiques de rang A au cours des quatre dernières années). Cela, non parce que je n’ai publié aucun article intéressant dans la période, mais parce que la plupart de mes lieux de publication ne sont pas recensés par la liste officielle (les chercheurs ont appris après sa mise en ligne que celle-ci était encore en cours de révision – ce qui fait du coup s’interroger sur la signification d’une publication incomplète). Dois-je modifier ma pratique de la recherche? Ne serait-ce pas plutôt à l’AERES d’admettre son incapacité à prendre en compte mon travail? L’agence chargée de l’évaluation devrait y prendre garde: avant les évalués, l’évaluation juge les évaluateurs.
L’AERES adosse son activité à un argument apparemment solide: celui de la promotion de l’excellence. Associé à l’accumulation d’autant d’erreurs, la répétition ad nauseam de ce discours a de quoi laisser perplexe. Mais il témoigne surtout d’un contresens sur la nature de la recherche. On peut organiser une compétition pour déterminer quels sont les meilleurs athlètes et les ranger par ordre d’arrivée sur un podium. Un sportif qui court le 100 mètres en plus de 11 secondes est exclu d’un tel concours – et un amateur qui l’effectue en plus de 12 n’est pas digne de chausser les crampons. Mais dans les sciences, aucun résultat de recherche n’est a priori plus profitable qu’un autre. Une modeste observation effectuée par un étudiant de première année peut être tout aussi intéressante que celle produite par un chercheur confirmé. On peut toujours récompenser tel spécialiste d’une discipline médiatique, mais la véritable utilité de la science est de maintenir des milliers de micro-communautés de par le monde, dont certaines ne comptent que quelques dizaines de membres, attachées à faire vivre et prospérer la moindre bribe de la curiosité humaine. Tel est est le sens du mot “recherche” – activité dont le principe est de ne se prévoir aucune fin ni limitation.
S’il y a de faux savants et de fausses découvertes, il n’y a pas de mauvaise science ni de recherches subalternes. Entonné par des ignorants, le discours de l’excellence va au rebours des traits les plus récents et les plus innovants de la pratique scientifique. Ce que l’on voit se mettre en place aujourd’hui sur les blogs des chercheurs du monde entier est une “garage science” bouillonnante et rapide, d’une redoutable efficacité. Dans ses tentatives de reconstitution du palmarès du concours général, l’AERES est on ne peut plus éloigné de l’agenda réel de la science qui se fait. L’évaluation à la française a-t-elle un avenir? Le moins qu’on puisse dire est qu’elle n’a pour l’instant pas convaincu.

LA MODERNISATION GUIDANT LE PEUPLE

Chronique des ravages annoncés de la “modernisation” universitaire en Europe

Par Alain Trautmann, le 25 avril 2008 [SLR - Sauvons la recherche]

 

Ce texte est une incitation à lire un livre récent et très riche d’informations, qui place la “réforme” en cours de notre système d’enseignement supérieur de de recherche dans un contexte international. Je prolonge le compte-rendu (volontairement très incomplet) de ce livre par les réflexions qu’on peut tirer de sa lecture et plus généralement de la situation actuelle.

Pour la plupart des français, y compris des personnes les plus concernées [1], il parait très difficile de prévoir quelles seront les conséquences des outils mis en place par les derniers gouvernements pour modifier en profondeur les systèmes d’enseignement supérieur et de recherche (ESR) en France. Successivement : l’ANR (2005), la loi dite “Pacte pour la recherche ” (2006), l’AERES et la LRU [2], (2007), le tout s’incrivant dans un discours européen : processus de Bologne (1999) et de Lisbonne (2000).

Un ouvrage collectif remarquable, intitulé “Les ravages de la “modernisation” universitaire en Europe”, dirigé par Christophe Charle et Charles Soulié, animateurs du collectif ARESER [3] donne des indications extrêmement éclairantes sur ces questions, en analysant les processus en cours dans six pays européens (Allemagne, Espagne, France, Grande-Bretagne, Grèce, Italie) ainsi qu’au Japon. Tous ceux qui s’intéressent à ces questions devraient se procurer ce livre [4]. Pour mieux comprendre ce qui en train de se jouer en France et en Europe, je propose une réflexion largement inspirée de ce livre, en commençant par une série de faits développés par Christian Galan dans le chapitre consacré au Japon.

Jusqu’en 2004, le Japon comptait 700 établissements d’enseignement supérieur, ou daigaku (municipaux, départementaux ou nationaux). Les ¾ étaient privés, ¼ public. Il n’y a pas de bac au Japon. L’entrée dans une université dépendait d’un concours d’entrée très difficile, qui demandait des années de préparation besogneuse. 70% d’une classe d’âge va dans un daigaku, et y passe ensuite au minimum 4 ans d’études moins exigeantes que dans la phase précédente (qui pourrait évoquer des “classe préparatoires”). Il y a quasiment 100% de réussite au bout des 4 ans de daigaku [5]. Les frais de scolarité en 2001 s’élevaient à 4800 € dans les établissements publics, et 10 500 dans les établissements privés (mais pour certains, 3 fois plus).

Le “Big Bang” a lieu le 1er avril 2004 [6] : 1) Privatisation de toutes les universités nationales, qui perdent leur caractère national, deviennent des “entités administratives autonomes”, cependant que leurs enseignants perdent tous leur statut de fonctionnaire. 2) Création d’une trentaine de COE (centers of excellence) [7] 3) Mise de l’ensemble des universités au service de l’économie. 4) Désengagement financier de l’Etat par rapport à l’enseignement supérieur de masse.

Il existe une série de points communs aux réformes de l’ESR nippone et française. Dans nos deux pays, ces réformes ne viennent pas de l’intérieur du système éducatif, mais de l’extérieur. La réforme est facilitée par le fait que les universitaires sont d’accord sur le fait que le système doit être amélioré. Cependant, on ne demande pas leur avis aux professionnels du secteur, et même s’ils le donnent spontanément (Etats Généraux de la Recherche, en 2004 en France), l’administration et le gouvernement n’en tiennent aucun compte, sur le fond. Au Japon comme en France, les seules personnes concernées qui donnent un avis positif clair (sans aucune consultation des instances universitaires existantes) sont les présidents d’universités, principaux bénéficiaires de la réforme au sein de la communauté universitaire.

Il est frappant de constater la similitude incroyable des discours justifiant la réforme, et les solutions proposées, pour deux pays qui ont au départ des systèmes éducatifs très différents, donc avec des problèmes forcément différents, au moins en partie. En outre, dans les deux cas, une série d’incohérences majeures est frappante, entre les problèmes dont on annonce qu’ils vont être résolus, et la réalité des solutions. La raison profonde de ces incohérences est que la “réforme” ne vise pas à corriger le système existant mais à le détruire pour le remplacer de toutes pièces par un nouveau modèle, cohérent, lui, avec un modèle de société libérale permettant d’étendre les domaines et les opportunités de gain du secteur privé, ce qui doit passer par une destruction des services publics, en s’inscrivant dans la logique de l’OMC, du GATS, du FMI, de l’OCDE [8], de la Commission Européenne, etc… En particulier, il ne faut plus que le coût de l’enseignement de masse repose sur le budget de l’Etat, mais sur le budget privé, c’est-à-dire notamment sur celui des familles. A cette occasion, des entreprises privées pourront y trouver un domaine d’activité lucrative.

L’autonomie des universités en matière d’orientation des activités pédagogiques et de recherche est présentée comme un des objectifs de la réforme. Ceci est répété, matraqué par le discours gouvernemental (avec une fonction de leurre complet) et repris dans celui des présidents d’universités (qui ont peut-être l’espoir que cela soit vrai). Au Japon, on sait maintenant qu’un des effets majeurs de la réforme de 2004 a au contraire été de rendre l’ensemble des universités –qui, chacune, joue sa survie- encore plus “dociles” qu’auparavant aux desiderata du gouvernement. Ce dernier, en concentrant les budgets de recherche sur quelques “universités d’excellence”, contraint ces dernières, pour obtenir des financements plus importants, à se conformer absolument aux lignes tracées au niveau ministériel.

La seule véritable autonomie qui est laissée aux universités, ou plus précisément à leurs équipes dirigeantes, est celle d’une gestion entrepreneuriale. Il leur faut en particulier, pour équilibrer leur budget, augmenter les revenus, ce qui passe systématiquement par une augmentation absolument inévitable des droits d’inscription [9], ainsi que par une chasse aux financements privés (avec démarchage très actif, et passage d’accords avec des entreprises). Il faut également diminuer les coûts, notamment par un appel croissant à des enseignants sur des contrats courts (3 à 5 ans), la précarité de l’emploi étant un outil majeur pour exercer une pression sur les salaires.

Pour la réforme des universités, la France marche très clairement sur la voie ouverte par le Japon il y a quelques années. C’est pourquoi, C. Galan conclut son article par un terrible constat qui pourrait être prophétique : “On peut considérer que l’Université française et l’Université de l’Europe continentale sont mortes au Japon le 1er avril 2004″.

Pour poursuivre cette réflexion on peut considérer que la révolution libérale (terme plus exact que celui de réforme) imposée au système d’enseignement supérieur et de recherche est basée sur quelques principes.

L’économie de la connaissance signifie non seulement que l’économie dépend plus que jamais de la production de connaissances, mais surtout que la production de connaissances doit relever de l’économie, autrement dit, que la science est sommée de se justifier d’un point de vue économique. [10]

Selon le dogme libéral, un pays peut mettre des moyens publics éventuellement importants dans la recherche, dans la mesure où cette dernière est grosse de promesses d’applications rentables, qui puissent contribuer au bon classement du pays dans la compétition internationale [11]. En revanche l’enseignement supérieur de masse doit être privatisé, laissé à la charge des individus et des familles. Seule une fraction très minoritaire de l’enseignement supérieur peut être financé par des moyens publics, afin de fournir les élites de chercheurs nécessaires à encadrer les activités de recherche futures, et de permettre aux élites du pays de s’auto-reproduire.

La logique de l’excellence revient à justifier et à mettre en place un système dual, ou fracturé, selon plusieurs lignes. D’un côté, quelques très grandes universités riches, puissantes, regroupées, destinées à l’élite et aux élites, de l’autre une majorité de petites universités survivant tant bien que mal, coupées de la recherche, destinée à la masse ou aux masses. Autre type de fracture : d’un côté des chercheurs d’élite, group leaders très bien payés, de l’autre des petites mains anonymes travaillant dans l’ombre pour ces group leaders, et courant de contrat en contrat pour survivre. D’un côté des présidents d’universités ayant des fonctions et des salaires de chefs d’entreprises puissants (c’est déjà le cas en Angleterre, cela viendra chez nous), de l’autre la masse des personnels, sur contrats précaires pour une part croissante d’entre eux. La culture de l’excellence ne vise donc pas à tirer l’ensemble du système vers le haut, mais à le couper en deux, pour bien distinguer les maîtres des esclaves, pour isoler la partie saine de celle laissée à l’abandon (malade ?). On a là comme un écho d’autres fractures majeures, entre les pays du Nord et ceux du Sud, entre ceux qui sont dans le système et ceux qui en sont exclus. Entre ceux qui ont des papiers et vivent ouvertement, et les sans-papiers qui doivent restés cachés. Ce qui est proposé par les gouvernements aux personnels de l’ESR est de participer volontairement à l’aggravation (car elle existe déjà) de ce type de fracture, dans leur domaine.

Autre principe mis en œuvre : la dérégulation permet aux lois du marché de s’appliquer sans contrainte, avec une concurrence libre et non faussée. Ce marché dérégulé serait source de richesse, de croissance, et donc la solution à tous les problèmes ! C’est la dérégulation qui nous mènerait au meilleur des mondes possibles [12]. Il faudrait donc, selon les principes de l’OMC et du GATS, “ouvrir” les services publics (comme l’éducation ou la santé) à la concurrence, c’est-à-dire faire en sorte qu’éducation ou santé ne soient plus des services publics, mais des entités “autonomes” placées dans des conditions telles que l’Etat puisse contrôler plus étroitement que jamais leur activité, tout en limitant au maximum les fonds qu’il devra y consacrer [13].

Dans la période actuelle, un des traits provisoires de cette compétition (et qui va durer un certain nombre d’années), c’est la volonté d’attirer un marché étudiant oriental (Chine, Inde, pays pétroliers du Proche-Orient) prometteur et en pleine expansion. Les étudiants riches de ces pays, en payant des frais de scolarité maximum, contribuent de façon de plus en plus significative au financement des universités d’élite, en Grande Bretagne en particulier [14]. C’est ce qu’on appelle “conférer une valeur à l’exportation dans le domaine de l’enseignement supérieur” [15].

La mise en place de ce projet libéral s’appuie sur le NMP (Nouveau Management Public), combinaison paradoxale de rhétorique libre-échangiste et de pratiques de contrôle quasi totalitaire [16]. Le NMP visera à faire respecter une saine gestion, qui permettra une diminution continue du ratio étudiant/enseignant , et une décomposition/fracture du corps enseignant entre un petit cœur de titulaires et une périphérie de vacataires. Il faut pour cela exercer une pression constante pour l’augmentation des revenus (des frais de scolarité) et la diminution des coûts, qui devient un objectif à part entière, appliqué aux salaires et aux moyens mis à disposition des personnels concernés.

C’est sans doute depuis 1989 que ce type d’idéologie a commencé à se mettre en place, puis à enfler et s’imposer comme une évidence indiscutable (ceux qui veulent en discuter étant nécessairement des esprits conservateurs, favorables au statu quo, opposés à La Réforme). La chute du Mur en 1989, c’est symboliquement la preuve manifeste de la supériorité économique et politique du libéralisme américain sur le communisme soviétique. C’est à partir de là que va déferler sur le monde le credo libéral vers le paradis promis par la dérégulation totale du marché, en ouvrant notamment des secteurs auxquels il n’avait pas accès jusque là.

La vague du discours libéral, fort de ses fausses évidences, déferlera facilement sur des vastes plages d’indifférences diverses. Indifférence de la partie la plus exposée de la population (les étudiants, les doctorants, post-doctorants et les personnels précaires), trop occupée à simplement survivre et à ne pas se faire éjecter du système. Indifférence d’une grande partie des personnels, complètement désorientés par la rapidité des changements qui leur sont imposés sans consultation, et par le fait que ce qui est proposé est incompréhensible (mais, on l’a vu, pour détruire un système sans faire de vagues, il ne faut pas dire qu’on le détruit mais qu’on le réforme, il ne faut pas rendre compréhensible la signification des changements opérés). Indifférence bienveillante, et même intérêt, de ceux des personnels qui espèrent pouvoir tirer leur épingle du jeu, en se situant dans le cœur protégé, dans la partie “saine”, “excellente”. Intérêt indiscutable, pour ces changements, de la part de ceux qui sont certains d’être du bon côté, d’être les bénéficiaires de la manne, qu’ils soient présidents d’universités gagnantes [17] ou organisateurs de pôles d’excellence. Les mêmes se doivent d’être indifférents aux conséquences de ce changement sur l’efficacité de l’ensemble du système. Pour les responsables politiques, il y a un intérêt évident pour une nouvelle organisation qui permet le désengagement financier de l’Etat tout en accroissant (via le NMP et les instances d’évaluation multiples cernant de toutes part les acteurs de l’ESR) sa capacité d’intervention jusque dans le micro-management des activités d’ESR. Les mêmes doivent évidemment se moquer éperdument des conséquences de la destruction de ce bien public qu’était, avec ses défauts, le système d’ESR existant (conséquences sur le niveau d’éducation et de culture de l’ensemble de la population, conséquences sur la capacité de maintenir à terme une recherche fondamentale, des experts scientifiques indépendants des pouvoirs politique et économiques etc….). De ce point de vue, il est absolument logique que l’amélioration de l’accès des couches populaires à l’enseignement supérieur ne soit JAMAIS un critère positif pour l’évaluation des performances des universités. L’indifférence face à cette déferlante touche aussi l’opposition politique, en tous cas l’opposition qui se sent proche du pouvoir (proche de s’emparer de ce dernier, et proche du pouvoir en place) et soucieuse d’apparaître crédible aux yeux de la fraction de la population susceptible de changer de camp. Préférant utiliser son énergie à des querelles de pouvoir interne à cette opposition qu’à travailler à faire des analyses de fond, trop souvent indifférente aux difficultés profondes de la population et aux évolutions à long terme, elle aussi laisse le libre passage à la déferlante libérale.

C’est aux professionnels de l’enseignement supérieur et de la recherche de s’opposer à cette vague. C’est à eux d’ouvrir les yeux, d’observer ce qui se passe dans d’autres pays, de chercher à en comprendre les causes profondes et générales, à défaut d’être naturelles, de déterminer s’ils les approuvent ou non. Ils sont les mieux placés pour comprendre puis expliquer comment la déferlante libérale peut détruire un système d’enseignement supérieur et de recherche précieux pour tout le pays, comme elle peut détruire le système d’enseignement secondaire ou de santé, par des mécanismes assez semblables. De la même façon qu’un ébéniste, Compagnon du Tour de France, peut être fier du chef-d’œuvre qu’il a réalisé, et n’admettrait pas que l’on abîme ses outils ou le résultat de son travail, c’est aux professionnels de l’enseignement supérieur et de la recherche de dire qu’ils sont fiers d’être chercheurs, enseignants chercheurs, ingénieurs, fiers de contribuer à l’avancement et à la transmission des connaissances, qu’ils sont prêts à travailler à l’amélioration de ce système, et qu’ils s’opposeront à sa destruction.

Alain Trautmann, le 25 avril 2008

[1] Etudiants, chercheurs, enseignants-chercheurs et leurs collègues ingénieurs et administratifs

[2] Agence Nationale pour la Recherche, Agence d’Evaluation pour la Recherche et l’Enseignement Supérieur, Loi de Responsabilité des Universités.

[3] Association de réflexion sur les enseignements supérieurs et la recherche

[4] 23 €, chez votre libraire, édité chez Syllepse, www.syllepse.net.

[5] De la même façon qu’en France, pratiquement tous les élèves de Maths Spé peuvent “intégrer” une école d’ingénieur, prestigieuse pour certaines, beaucoup moins pour d’autres.

[6] Au moment même où, en France, Chirac remerciait Luc Ferry et Claudie Haigneré et disait à François Fillon de donner satisfaction aux chercheurs, en apparence, cependant que Sarkozy préparait les choses sérieuses en travaillant sur le dossier de l’ANR

[7] Rappel : la population du Japon en 2007 est de 127 M habitants, soit deux fois celle de la France.

[8] Organisation Mondiale du Commerce, General Agreement on Trade in Services (AGCS en français), Fonds Monétaire International, Organisation de coopération et de développement économiques.

[9] C’est exactement ce qui se passé aussi aux USA, où les droits d’inscription ne cessent d’augmenter, ou bien encore en Angleterre. Il y a quelques années, les frais d’insciption y étaient très faibles. En 1998 le gouvernement de Tony Blair a fixé un plafond (souvent atteint) de 1000 £ (1320 €) par an pour les droits d’inscription en 1er cycle. Depuis 2006, une nouvelle loi (toujours votée sous Tony Blair) autorise les universités à faire payer des frais de scolarité allant de 1150 £ minimum à 3000 £ maximum ( 1500 – 4000 €) par an pour les étudiants de 1er cycle. “Par ailleurs les bourses ont été supprimées, remplacées par des prêts à taux préférentiel. Ainsi, les étudiants qui obtiennent leur licence sont souvent lourdement endettés, ce qui est loin d’être neutre en terme d’accès à l’enseignement supérieur” (Cécile Deer, La Grande-Bretagne à la croisée des chemins : entre volonté politique et logique économique, In Les ravages de la “modernisation” universitaire en Europe.). En France, il est absolument inévitable que ces frais de scolarité augmentent, et cela sera d’autant plus facile à faire passer que ce seront les universités autonomes qui en assumeront la responsabilité, et non pas le gouvernement.

[10] “L’économie de la connaissance”, le nouveau management public et les politiques de l’enseignement supérieur dans l’union européenne. Chris Lorenz. (Op cit. p33).

[11] Ce ne peut être évidemment le cas de recherches en scences humaines et sociales. Ainsi, en Allemagne, sur 17 réseaux d’excellence retenus, un seul relève des humanités et sciences socilaes (op. cit., p104)

[12] Sans hésiter, le cas échéant à en appeler aux “libéraux de gauche”, avec le slogan soixante-huitard “Il est interdit d’interdire”. Par exemple, il est interdit d’interdire au renard l’accès au poulailler. Ou bien : il est interdit d’interdire aux plus riches agriculteurs du Nord, bénéficiant de subventions majeures, l’accès aux marchés des pays du Sud, même si cela étrangle les agriculteurs du Sud, ni mécanisés, ni subventionnés. Marché libre über alles.

[13] Cette façon de fonctionner, commune aux pays européens, paraît étrange aux américains. Ainsi, on peut lire dans un article de the Economist de 2005 une critique de ce système, pour l’Allemagne :”The German government –both regional and central- tries to micromanage every aspect of academic life” (Jürgen Schriewer, op cit., p97)

[14] Voir Cécile Deer, La Grande-Bretagne à la croisée des chemins : entre volonté politique et logique économique, op. cit.

[15] Chris Lorenz, op. cit. p39

[16] Chris Lorenz, op. cit. p45

[17] Au Japon, on parle ouvertement d’universités gagnantes et d’universités perdantes (op cit, p243) pour annoncer clairement la différence entre les universités d’excellence et celles destinées aux masses.

 

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